Projet de Discours 3ème Session du Comité technique spécialisé de l’Union africaine sur les finances, les affaires monétaires, la planification économique et l’intégration Addis Abeba, Ethiopie 23-27 octobre 2017

October 26, 2017

S.E. Monsieur Moussa Faki Mahamat

Président de la Commission de l’Union Africaine

Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres africains des Finances, des Affaires Monétaires et de l’Intégration,

Mesdames et Messieurs les Gouverneurs de Banques Centrales,

Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations Internationales et du Système des Nations-Unies,

Mesdames et Messieurs les Membres des Organisations de la Société Civiles,

Excellences Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi, au nom de la Commission de l’Union Africaine, d’exprimer nos vifs et sincères remerciements ainsi que notre profonde gratitude aux pays qui acceptent de prendre part au 3ème Comité Technique Spécialisé de l’Union africaine sur les Finances, les Affaires Monétaires et l’Intégration.

Votre participation témoigne de l’engagement de vos Chefs d’Etat et de Gouvernement à accompagner constamment la Commission de l’Union africaine dans ses efforts continus de traduire dans la réalité l’Agenda de l’intégration de notre continent.

Merci de ce soutien et de cet engagement et ensemble persévérons à œuvrer pour l’émergence de nos pays, de nos régions et de notre continent.

- Excellence Monsieur le Président,
- Honorables Invités,
- Mesdames et Messieurs,

Les STC des Ministres des Finances, des Affaires Monétaires et de l’Intégration de la Commission de l’Union africaine deviennent au cours de la dernière décennie le lieu privilégié :
- De définition des orientations en matière de politique économique et de planification du développement du continent ;
- De partage de visions, des bonnes pratiques, des défis et des perspectives sur les grands enjeux de l’économie mondiale ;
- D’analyse du bilan de la mise en œuvre des projets économiques régionaux et continentaux pour mieux apprécier les progrès accomplis sur l’aspect de l’intégration économique du continent.

- Excellence Monsieur le Président,
- Distingués Invités,
- Mesdames et Messieurs,

La présente conférence se tient à une période critique pour l’Afrique qui connaît une série d’insécurités économique, sociale, alimentaire, énergétique, climatique, financière etc. Toutefois, force est de reconnaitre qu’elle dispose aujourd’hui d’un potentiel économique abyssal. De 2005 à 2015 le continent africain a enregistré en moyenne et par an un taux de croissance d’environ 5%. Mais depuis 2016 cette dynamique de croissance connait une baisse pour retomber à environ 3% du fait, en partie, de la chute du prix des matières premières, particulièrement celui du pétrole. Le FMI prévoit pour 2017 un taux de croissance d’environ 2,49%.

Mais, en sus de l’immensité et de la diversité de ses ressources naturelles, l’Afrique bénéficie d’une démographie particulièrement jeune et dynamique, faisant d’elle une terre d’opportunités en investissements de court et moyen terme et surtout de long terme et rentables dans l’agriculture et l’agro-industrie, les infrastructures de base et l’énergie, le tourisme, l’habitat etc. Ses énormes potentialités évoquées et connues constituent des atouts considérables pour lui garantir une croissance forte, inclusive, et un développement durable. Cependant, malgré les progrès enregistrés, le potentiel du continent reste largement sous-exploité pour accélérer la transformation structurelle des économies du continent.

De nos jours, la croissance de l’Afrique passe nécessairement par celle de son secteur manufacturier. Cependant, il faut reconnaitre une tendance à la désindustrialisation du continent depuis les années 80. En effet, si le secteur manufacturier représentait 15% de la valeur ajoutée de l’Afrique subsaharienne au début des années 1980 aujourd’hui, il pèserait à peine 10% et ne fournirait que 7% des emplois. Les raisons d’une telle situation sont légion. Au nombre de celles-ci figurent principalement les politiques d’ajustement structurel (PAS) des années 80 et 90 (fait reconnu par Li Yong, DG de l’ONUDI) ; la pauvreté en infrastructures de transport et d’énergie, la défaillance de la gouvernance publique ; le coût élevé de la main d’œuvre en raison de l’insuffisance d’un vivier de personnes bien formées, générant très vite des goulots d’étranglement sur le marché de l’emploi pour des entreprises exportatrices souhaitant atteindre une taille critique pour réaliser des économies d’échelle. Et comme corollaire à ces goulots d’étranglement une pression à la hausse sur les salaires se produit, renchérissant ainsi la compétitivité de la production des entreprises africaines.

Aussi, l’Afrique n’est donc pas encore parvenue à transformer l’avantage de disposer d’une main d’œuvre abondante en un avantage compétitif susceptible d’attirer les investissements étrangers. Et si l’on ne prend garde, l’Afrique ne pourra pas tirer profit de la hausse des salaires que connaît aujourd’hui la Chine consécutivement à la réorientation de sa politique économique sur la consommation nationale, pour développer ses activités manufacturières à bas coût et promouvoir son industrialisation.

Pour nous donc, le développement du secteur manufacturier s’impose comme la clé du succès de la transformation des économies africaines. Ce secteur permettrait d’accroitre la productivité des économies et de facto le niveau de développement des pays. En effet, une étude récente de la Banque Mondiale indiquait que l’agro-industrie en Afrique pourrait valoir 3000 Milliards $ US d’ici 2030. Aussi, le développement du secteur industriel et celui du secteur agricole, lui aussi sous-exploité, doivent être conjugués pour trouver le chemin de l’émergence.

- Honorables Invités,
- Mesdames et Messieurs,

C’est dans ce contexte africain marqué par de nombreux paradoxes que le thème de cette Conférence « Croissance, inégalité et chômage » trouve toute sa pertinence et tout son intérêt.

Ce thème, faut-il le rappeler, est en parfaite harmonie avec le thème de l’année de l’Union Africaine à savoir : «Tirer pleinement profit du dividende démographique en investissant dans la jeunesse ». Tous les pays africains sont invités, au cours de l’année 2017, à initier des actions dans un élan synergique visant à identifier, et à faciliter la mise en œuvre de politiques permettant de valoriser l’immense potentiel en ressources humaines pour en faire une véritable locomotive de la transformation structurelle.

Excellences, Mesdames et Messieurs les Ministres,

Pour faire face aux nombreux défis socio-économiques contemporains auxquels l’Afrique est aujourd’hui confrontée, plusieurs thérapies s’offrent à ses dirigeants. Pour notre part, nous estimons que la transformation structurelle des économies africaines s’impose comme un passage obligé. Celle-ci doit se faire par l’entremise du secteur manufacturier de son industrie. Pourquoi notre préférence pour ce segment du secteur secondaire de notre continent ? En effet,

 le secteur manufacturier est essentiellement formel, l’industrialisation contribuerait à améliorer les recettes fiscales qui pourraient à leur tour, fournir le financement des biens publics comme l’éducation et la santé.
 le développement du secteur manufacturier permettrait de sécuriser les recettes à l’importation : les prix des produits manufacturiers étant beaucoup moins volatils que ceux des produits de base.
 ensuite, le développement des chaines de valeur internationales dans l’économie mondialisée (le fait que le processus de conception et de fabrication d’un produit fini soit éclaté en différents lieux géographiques au gré des avantages comparatifs) est un atout pour promouvoir l’essor industriel africain.

- Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres,
- Honorables Invités,
Les économies africaines se trouvent confrontées au problème de financement du développement. Et la recommandation essentielle des différents foras s’articule autour de la mobilisation des ressources domestiques. En particulier, la conférence internationale sur le financement international du développement d’ Addis Abeba en juillet 2015 a mis en lumière l’urgence de mettre un accent sur la mobilisation des ressources internes pour relever l’énorme défi du développement durable du fait de la baisse constante des apports extérieurs. Cette autre réalité nous conduit à appeler votre attention, Mesdames et Messieurs les Ministres, sur l’impérieuse nécessité de doter notre continent d’institutions financières lui permettant de trouver une solution efficace et durable au profond déficit en ressources qui le caractérise.

Dans cette perspective la Commission de l’Union africaine voudrait profiter de votre conférence pour inviter les pays à signer et à ratifier le plus rapidement possible les textes fondateurs de la Banque africaine d’Investissement, et du Fonds monétaire africain qui figurent en lettres d’or à l’article 19 de l’Acte constitutif de l’Union africaine. A ce jour pour la Banque d’Investissement seulement 22 pays ont signé et 5 ont ratifié. Quant au Fonds Monétaire 7 pays ont signé et aucun n’a ratifié. La dotation de notre continent en infrastructures monétaires et financières crédibles et dynamiques est aujourd’hui un passage obligé. Cela fait partie des 12 projets phares de « l’Agenda 2063 :l’Afrique que nous voulons ». Je voudrais donc lancer un vibrant appel à vous, Mmes et Mrs Les Ministres, à prendre toutes les mesures idoines pour que lesdits textes soient signés et ratifiés afin de permettre à notre continent de réaliser son autosuffisance financière.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

A la Commission de l’Union Africaine nous sommes convaincus que tirer pleinement profit du dividende démographique suppose une approche continentale bâtie sur le socle de l’intégration régionale. Dans cette perspective, le développement des programmes régionaux et continentaux dans les domaines éducatif, infrastructurel, énergétique etc. catalysera nos efforts vers la réalisation d’une croissance plus inclusive, moteur de la transformation structurelle de notre continent.

A cet égard, le poids politique de l’Union Africaine dépendra de la capacité de ses organes et de ses Etats Membres à travailler en parfaite synergie pour mobiliser leurs forces et leurs capacités respectives vers la réalisation de la vision d’une Afrique unie, forte, prospère et représentant une force dynamique dans le concert des Nations.

Il est donc urgent de rendre la Commission, organe exécutif de l’Union financièrement, autonome pour qu’elle joue sa partition de manière plus efficace. Dans ce cadre, je lance un appel vibrant à tous nos Etats Membres par votre intermédiaire à se mobiliser pour la mise en œuvre, dans les meilleurs délais, de la Décision des Chefs de l’Etat et de Gouvernement de l’Union de financer la Commission grâce à une taxe de 0.2 pour cent sur les importations de produits fabriqués à l’extérieur du continent.

Pour conclure mon propos, permettez-moi de réitérer la volonté de la Commission de travailler en étroite coopération avec ses Etats Membres pour définir et mettre en œuvre les politiques indispensables à un développement durable en Afrique, c’est-à-dire un développement économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable.

Dans ce même élan, la nouvelle Commission souhaite renforcer les alliances stratégiques et le dialogue entre elle et l’ensemble de ses partenaires bilatéraux et multilatéraux.
Dans ce contexte, je souhaite réitérer l’engagement de la Commission à travailler avec le Système des Nations Unies, entre autres, pour la mise en œuvre, dans un cadre stratégique cohérent et intégré, les Agenda 2063 et 2030.

Sur ce, Je vous souhaite plein succès dans vos délibérations en vue de proposer des solutions pertinentes et pratiques afin d’endiguer les effets paradoxaux de la croissance africaine que sont le chômage de masse de jeunes et les inégalités, au cours des prochaines décennies et au-delà.

Je vous remercie pour votre aim