Discours du Président de la Commission de l'Union africaine, S.E.M. Moussa Faki Mahamat, à la 31ème session ordinaire de la Conférence de l'Union

July 01, 2018

Excellence Monsieur le Président en exercice de l’Union africaine,

Excellence Monsieur le Président de la République Islamique de Mauritanie,

Excellences Messieurs  les chefs d’État et de Gouvernement et autres chefs de délégation,

Distingués représentants des partenaires multilatéraux de l’Union africaine et la communauté diplomatique,

Mesdames et Messieurs,
 
La symbolique  de cette 31ème session ordinaire de notre Union se nourrit à deux sources.

La première est une ligne de l’histoire de l’Union africaine, un segment de sa trajectoire. En effet, Nouakchott conclut le cycle des Sommets pléniers en juin/juillet auxquels se subsisteront, l’année prochaine, des rencontres à format réduit axées sur la coordination avec les Communautés économiques régionales.

La seconde, à la fois géographique et historique, tient au fait que ce Sommet-ci se déroule au point d’union des deux Afriques, l’Afrique méridionale  et l’Afrique septentrionale.

La Mauritanie est une  terre  de culture, de spiritualité, de poésie de diversité et de brassages arabo-africains. C’est cette Mauritanie plurielle qui nous accueille aujourd’hui.

Aussi voudrais-je exprimer notre sincère gratitude au Président Mohamed Ould Abdel Aziz, au Gouvernement et au peuple mauritaniens pour la chaleur de leur accueil depuis notre arrivée dans cette ville parée de ses plus belles couleurs pour embrasser l’Afrique.

Je me réjouis de l’excellence de nos conditions de travail que symbolise le joyau architectural qu’est ce nouveau centre de conférence.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Notre Sommet se tient à un moment marqué par le lancement de nombreux et ambitieux chantiers, qui ont suscité une forte attente.

Dans le même temps, nous sommes confrontés à de multiples défis: défi de la transformation de nos engagements en action concrète et durable; défi de la crédibilisation de nos efforts, qui doivent se traduire par un mieux-être dans le quotidien de nos populations; défi de l’aptitude à parler et agir dans l’unité sur la scène internationale.

Le Sommet de Nouakchott doit conforter la dynamique engagée, pour faire de notre Union l’outil à même de conduire la transformation envisagée dans l’Agenda 2063.

Aussi devons-nous accélérer la cadence de la réforme institutionnelle de notre Union. Depuis ma prise de fonction, mon message a été le même: la réforme est une condition existentielle de notre Union.

D’importantes avancées ont été enregistrées, notamment s’agissant du volet financier de la réforme. Nous devons poursuivre sur cette lancée.

De ce point de vue, la réforme de la Commission, y compris le mode de sélection de sa direction, l’établissement d’une division claire du travail avec les Communautés économiques régionales et le renforcement des autres organes concernés par la réforme revêtent une grande importance.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Aux côtés du Président Paul Kagamé, la Commission a poursuivi avec détermination objectif d’accélération de l’intégration continentale. Le Sommet extraordinaire de Kigali, en mars dernier, a marqué une étape essentielle à cet égard. Ses échos ont eu un retentissement qui a dépassé les frontières de l’Afrique.

Dans un contexte mondial marqué par la montée du protectionnisme et de l’isolationnisme, le succès des assises de Kigali constituent la preuve que l’histoire s’écrit, désormais, en Afrique à l’encre verte du courage tranquille, de  la concertation agissante et de l’entente fraternelle.

Nous devons transformer cet essai en assurant l’entrée en vigueur de l’Accord sur la Zone de libre-échange et du Protocole sur la libre circulation des personnes, le droit de résidence et le droit d’établissement avant mars 2019, date anniversaire du Sommet historique de Kigali.

Le Kenya, le Ghana, le Rwanda et le Niger ont montré la voie en déposant leurs instruments de ratification de l’Accord sur la Zone de libre-échange. Puisse leur exemple être rapidement suivi par les autres Etats membres.

La même urgence s’applique au Protocole sur la libre circulation de personnes - que seul le Rwanda a ratifié jusqu’ici, pour que soit enfin facilités les déplacements des Africains sur leur propre continent. D’une façon plus générale, nous avons l’obligation de nous assurer que partout où ils sont sur cette terre d’Afrique ils sont traités avec dignité et respect.

Enfin, il importe que les 29 Etats membres qui ne l’ont pas encore fait se joignent sans autre retard au Marché unique sur le transport aérien en Afrique lancé lors du Sommet de janvier 2018.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

A l’évidence, les questions de paix, de sécurité et de stabilité demeurent une préoccupation majeure sur le continent.

Etant ici au cœur du Sahel, je voudrais renouveler l’engagement solidaire de l’Union africaine avec les pays du G5 Sahel. L’attaque contre le quartier général du G5, il y a quelques jours, met en relief, s’il en était besoin, la nécessité d’une mobilisation accrue en appui à la région.

Dans le même temps, il importe d’avoir toujours présent à l’esprit que le succès du combat contre le terrorisme exige aussi que nous placions le respect des droits de l’homme au cœur de cette entreprise.

Notre Sommet coïncide avec des développements encourageants en certaines parties du continent.

Je salue avec enthousiasme la forte dynamique de paix dans les relations de l’Erythrée et de l’Ethiopie que tout unit et que rien ne devrait diviser.

Comment, dans la même logique, ne pas exprimer un sentiment de satisfaction après la signature de la Déclaration dite de Khartoum entre les principaux protagonistes et la tragédie sud-soudanaise, même si la vigilance doit être de mise tant sont nombreuses les promesses de paix restées sans lendemain.

Seulement dix huit mois nous séparent du délai de 2020 fixé par les chefs d’Etat et de Gouvernement pour faire taire les armes et débarrasser l’Afrique du fléau des conflits.

La réalisation de cet objectif exige des efforts redoublés, que dis-je, décuplés de la part de l’ensemble des acteurs concernés.

Qu’il s’agisse des élections à venir en République démocratique du Congo, des processus politiques et de réconciliations au Burundi et en République centrafricaine, de la crise que connaît l’ouest du Cameroun, de la situation en Lybie, ou de l’impasse persistante qui caractérise le dossier du Sahara occidental, les circonstances et l’intérêt de l’Afrique appellent au dépassement de soi, au compromis et au sens de l’intérêt général.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Une des questions cruciale inscrites à l’ordre du jour de ce Sommet porte sur la négociation d’un nouvel Accord de coopération avec l’Union européenne qui succèdera à l’Accord de partenariat de Cotonou. En mars dernier, le Conseil exécutif a adopté une Position commune sur la question.

Depuis la conclusion de l’Accord de Cotonou, le continent a connu une évolution substantielle, marquée par l’accent mis sur l’intégration économique. Les liens avec l’Europe ont gagné en densité, en même temps que leur spécificité s’accroissait.

La Position commune vise précisément à assurer que les outils du partenariat avec l’Europe reflètent cette nouvelle réalité. Sa défense sera le gage de la capacité de l’Afrique à parler d’une voix et à agir de concert sur la scène internationale.

Cet impératif est d’autant plus grand que les six mois écoulés n’ont fait que confirmer la tendance à l’affaiblissement inquiétant du multilatéralisme. Plus que nombre d’autres régions, la capacité de l’Afrique à peser dans l’ordre mondial actuel est fortement liée à la solidité de son unité.

Excellences,
Mesdames et Messieurs
 
Nous avons déclaré l’année 2018, année de lutte contre la corruption. Les méfaits de ce fléau sont connus, identifiés, et se traduisent par la perte de ressources au montant astronomique.

Pour marquer votre détermination à  en finir avec ce fléau, vous avez désigné le Président Muhammad Buhari comme leader de notre combat. Le travail abattu sous son leadership fournira des orientations  quant aux mesures à prendre.

La célébration du 11juillet de chaque année comme Journée de lutte contre la corruption devrait permettre d’impliquer tous les segments de notre population dans ce combat. Leur rôle de vigie de l’action publique et de la probité de ceux qui en ont la charge est irremplaçable.

Excellences
Mesdames et Messieurs

Je suis convaincu que le Sommet de Nouakchott imprimera une nouvelle impulsion à la belle et prometteuse aventure du panafricanisme. Ce faisant, nous poserons un jalon important pour la célébration, l’année prochaine, du centenaire du premier Congrès panafricain qui eut lieu à Paris en février 1919.

Je vous remercie.

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