Allocution du Président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, à l'occasion du débat de haut niveau sur le thème: Consolidation et pérennisation de la paix - Reconstruction post-conflit, paix, sécurité et stabilité

December 05, 2018

NEW YORK, LE 5 DÉCEMBRE 2018

Monsieur le Président du Conseil de sécurité pour le mois de décembre,

Distingués membres du Conseil,

Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,

Mesdames et Messieurs,

En choisissant ce thème portant sur ‘la consolidation et la pérennisation de la paix, reconstruction post-conflit, paix, sécurité et stabilité’ et en partageant avec nous, aujourd’hui, son expérience post-conflit, la Côte d’ivoire fait œuvre utile. Les pays où des conflits récurrents persistent feraient bien de s’inspirer de cette expérience éclairante à plus d’un titre.

Aussi voudrais-je rendre hommage au président Alassane Outtarra dont la présence rehausse l’importance de ce débat.

Je voudrais aussi réitérer mon appréciation au Secrétaire général Antonio Guterres, pour son engagement. Depuis sa prise de fonction, il n’a eu de cesse d’œuvrer au renforcement du partenariat avec l’Union africaine.

Excellence Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

La quête de la paix est un long processus. Elle exige un engagement de tous les instants de la part des parties prenantes nationales et un soutien continu de la communauté internationale.

Sans accompagnement international, les efforts nationaux ne peuvent surmonter les obstacles innombrables qui se dressent sur le chemin de la paix. Sans volonté politique nationale forte, aucune assistance internationale ne peut produire des résultats durables.

La Côte d’Ivoire est une claire démonstration de ce que la paix est une entreprise à portée de main dès lors que la volonté de la réaliser existe. Alors que l’Afrique redouble d’efforts pour faire taire les armes à l’horizon 2020, la trajectoire ivoirienne est une source d’encouragement. Les évolutions récemment intervenues dans la Corne de l’Afrique le sont tout autant.

Il me plaît de relever que la volonté politique et la détermination qui ont rendu possible la sortie de crise en Côte d’Ivoire ont continué d’animer les autorités ivoiriennes dans la phase post-conflit.

Sur le plan politique, la main tendue aux «ennemis» d’hier a permis de franchir des pas décisifs sur la voie de la réconciliation. Les mesures courageuses annoncées par le Président Ouattara, en août dernier, à l’occasion du 58ème anniversaire de l’indépendance de son pays, sont emblématiques à cet égard.

Sur le plan économique, la forte croissance enregistrée ces dernières années, accompagnée d’un développement impressionnant des infrastructures, a rapproché la Côte d’Ivoire de l’émergence souhaitée et posé des jalons importants pour sa stabilité à long terme.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Dans tout conflit, réduire les armes au silence n’est que la première étape d’une longue marche.

Enraciner durablement la paix requiert des efforts soutenus et un engagement à long terme qui va bien au-delà de la durée de vie des missions de maintien de la paix. Rien n’illustre mieux la nécessité de prêter une forte attention à cette question que le constat selon lequel 40% des pays en phase post-conflit rechutent dans la violence dix ans après en être sortis.

Consciente de cet état de fait, l’Union africaine a, dès 2006, adopté un Document-cadre sur la reconstruction et le développement post-conflit, pour servir de guide aux efforts visant à s’attaquer aux causes profondes des conflits et à prévenir le retour de la violence. Celui-ci a été suivi du lancement, en 2010, de l’Initiative de solidarité africaine, qui repose sur le principe de l’entraide continentale.

Sur le terrain, l’Union africaine apporte une contribution tangible à nombre d’États membres en situation post-conflit, à travers des projets à impact rapide; un soutien technique dans des domaines clés; et une action de plaidoyer pour mobiliser les soutiens requis.

Cette implication pratique de l’Union africaine illustre la ferme volonté des dirigeants africains à assumer la part de responsabilité qui leur revient dans la promotion de la paix et de la sécurité sur le continent. Le «compter d’abord sur soi-même» est un élément essentiel du renouveau de l’Afrique. C’est au nom de ce principe que nos dirigeants ont pris l’engagement de financer 25% des coûts de l’agenda continental en matière de paix et de sécurité.

En écho aux instruments pertinents de l’Union africaine et sur la base des expériences passées et en cours sur le continent, l’on ne soulignera jamais assez l’importance de l’inclusion politique, de la gouvernance démocratique et de l’existence d’une direction nationale dévouée, pour le succès de la consolidation de la paix. Il est tout aussi important de promouvoir un développement équilibré, de lutter résolument contre les inégalités et de répondre aux besoins spécifiques des jeunes et des femmes qui sont les premières victimes des conflits.

De même, il importe d’aborder les tâches liées aux processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion, à la réforme du secteur de la sécurité, ainsi qu’à la lutte contre l’impunité, d’une façon qui prenne en compte les spécificités propres à chaque situation.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Le retour à la paix en Côte d’Ivoire est une victoire à mettre à l’actif du partenariat entre les Nations unies, d’une part, l’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, de l’autre.

L’ONUCI a pris la relève de la mission que la CEDEAO déploya sur place dès décembre 2002. Politiquement, les trois organisations ont, tout au long du processus de paix, étroitement travaillé ensemble. Les résolutions du Conseil de sécurité sur la Côte d’Ivoire furent bien souvent l’aboutissement de décisions prises au niveau régional, telles que validées par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.

Il est heureux de noter qu’au cours des années écoulées, et tirant les leçons de notre expérience commune en Côte d’Ivoire et ailleurs sur le continent, le partenariat entre l’Union africaine et les Nations unies s’est significativement renforcé, tant entre la Commission et le Secrétariat qu’entre le Conseil de paix et de sécurité et le Conseil de sécurité des Nations unies. Je note également la coopération encourageante qui s’est développée entre le Conseil de paix et de sécurité et la Commission de consolidation de la paix des Nations unies.

Je réaffirme ici l’engagement de l’Union africaine à poursuivre et à approfondir cette collaboration, avec un accent particulier sur les pays africains objet de l’attention de la Commission de consolidation de la paix, mais aussi sur ceux où des missions de maintien de la paix s’apprêtent à conclure leurs opérations.

Dans cette entreprise de renforcement de notre partenariat, il me semble utile de rappeler les principes qui devraient guider notre action commune en appui à la paix, à la stabilité et au développement sur le continent, à savoir:

(1) l’appropriation nationale - en ce domaine, comme en bien d’autres, rien de durable ne peut être réalisé si les acteurs nationaux n’assurent pas la direction du processus de consolidation de la paix;

(2) la promotion de solutions adaptées aux réalités de chaque pays - cela s’applique, en particulier, à la problématique de la justice après un conflit. Conformément à son Acte constitutif, l’Union africaine est profondément attachée à la lutte contre l’impunité. Mais ce combat pour la justice doit être mené d’une manière qui favorise la réconciliation et une paix durable, sur la base du triptyque justice, vérité et réconciliation. Toute autre approche risque de perpétuer les divisions et de recréer les conditions de la violence. C’est le lieu et le moment d’appeler à une nouvelle relecture des principes structurant du concept de la justice transitionnelle; et

(3) un accompagnement international qui inscrit dans la durée - souvent, hélas, la mobilisation internationale s’émousse dès qu’une crise cesse de faire la une des médias. Et pourtant c’est alors que commence la partie la plus délicate du processus de promotion durable de la paix.

Je voudrais, en conclusion, souligner à quel point ce débat sur la consolidation de la paix est opportun. Je forme le vœu qu’il se traduise par une mobilisation accrue de la communauté internationale en ce domaine, où le succès exige la conjugaison judicieuse du devoir de solidarité et d’une vision à long terme.

Je vous remercie de votre aimable attention.

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