Discours du président de la commission de l’union africaine, Moussa Faki Mahamat, à l’occasion de l’ouverture de la première édition du salon africain de l’agriculture à Ndjamena, le 12 mars 2019

March 12, 2019

Excellence,
Mesdames et Messieurs,
 
Je suis honoré de prendre part à cette première édition du Salon africain de l’agriculture. Je félicite les autorités tchadiennes pour en avoir pris l’initiative, et remercie le Président Idriss Déby Itno pour m’y avoir convié.
 
En se donnant pour objectif de stimuler les politiques nationales et régionales de transformation des chaînes de valeur agricole, ce Salon constitue une contribution importante aux efforts de l’Union africaine en faveur du développement agricole.

Je suis convaincu que son succès inspirera des initiatives similaires ailleurs sur le continent.
 
Mesdames et Messieurs,
 
Notre continent est engagé dans une entreprise majeure de transformation socio-économique. L’Agenda 2063 et son premier Plan décennal de mise en œuvre articulent la feuille de route devant nous mener vers l’Afrique que nous voulons.
L’agriculture occupe une place de choix dans cette entreprise. Comment pourrait-il en être autrement, lorsque l’on connaît l’acuité des problèmes de sécurité alimentaire sur le continent.
 
Six décennies après l’accession de la majorité de nos pays à l’indépendance, l’insécurité alimentaire continue d’affecter différentes parties du continent. En 2018, 257 millions d’Africains souffraient de sous-alimentation.
 
L’Afrique dépense annuellement 35 milliards de dollars pour financer des importations alimentaires. En 2025, ce montant devrait atteindre 110 milliards de dollars.

Nous sommes clairement ici en face d’un paradoxe. En effet, l’Afrique dispose de 600 millions de terres arables non cultivées, ainsi que d’une main d’œuvre jeune et dynamique. A cela s’ajoute la diversité de son écosystème qui permet la culture d’une grande variété de produits agricoles.
 
Investir dans l’agriculture est d’autant plus indiqué que ce secteur est aussi un grand pourvoyeur d’emplois, particulièrement pour nos jeunes. Il s’agit de leur donner un avenir qui soit autre que celui de l’enrôlement dans des groupes armés ou la migration irrégulière avec toutes les tragédies qui l’accompagnent. L’objectif est aussi d’éviter un exode rural qui dépeuple les campagnes et accentue les déséquilibres spatiaux et économiques, avec les risques d’instabilité qui leur sont sous-jacents.
 
Excellence,
Mesdames et Messieurs, 
L’Union africaine a très tôt fait de l’agriculture un élément central de son action en faveur du développement du continent.
 
En 2003, nos chefs d’Etat et de Gouvernement ont adopté le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique, plus connu sous le nom de CAADP. Entre autres, le CAADP prévoit que les États membres consacreront 10 pour cent de leurs dépenses publiques à l’agriculture.
 
En 2014, une nouvelle étape a été franchie avec l’adoption, par le Sommet de Malabo, d’une Déclaration sur la croissance et la transformation accélérées de l’agriculture en Afrique pour une prospérité partagée et de meilleures conditions de vie. Elle se donne notamment pour objectifs d’assurer, à l’horizon 2025, l’élimination de la faim en Afrique, la réduction de moitié de la pauvreté et le triplement du commerce intra-africain des produits et services agricoles.
 
Ces objectifs sont assurément ambitieux. Mais je n’ai aucun doute qu’avec la volonté politique requise, leur réalisation est à notre portée.
 
En 2018, la Commission de l’Union africaine a publié le premier rapport biennal couvrant la période 2016-2017 sur la mise en œuvre des engagements de Malabo. Ce rapport a clairement montré que certains pays avaient fait des progrès notables vers les objectifs cités plus haut. Il a aussi mis en lumière que beaucoup restait à faire. Sur 47 pays ayant soumis leurs rapports d’étape, 20 étaient en bonne voie pour réaliser les engagements pris à Malabo.
 
Trois aspects méritent en particulier un engagement renouvelé. Il s’agit de l’allocation par les États membres qui ne l’ont pas encore fait de 10% de leurs dépenses publiques au secteur de l’agriculture; de l’accroissement de l’utilisation des intrants agricoles, conformément aux décisions du Sommet d’Abuja de 2006; et de la mécanisation de l’agriculture africaine pour en augmenter la productivité.
 
Excellence,
Mesdames et Messieurs,
 
Ce Salon de l’agriculture tombe à point nommé. Il intervient à un moment catalytique de notre processus d’intégration, qui repose notamment sur la Zone de libre-échange continentale africaine.
 
L’Accord sur la Zone de libre-échange, dont nous espérons l’entrée en vigueur dans les tout prochains mois, ouvre des perspectives encourageantes pour les échanges de produits et services agricoles.

Le Salon se tient également à un moment où l’Union africaine prête une attention accrue à la sécurité sanitaire des aliments. Celle-ci est essentielle pour garantir la qualité nutritionnelle des aliments, prévenir des maladies et permettre l’accroissement des échanges intra-africains de produits agricoles, ainsi que le renforcement de la compétitivité de l’agriculture africaine.

Ce Salon nous offre l’opportunité de générer une mobilisation accrue de en appui à la Zone de libre-échange et à la promotion d’une alimentation saine en Afrique, comme complément indispensable aux efforts visant à assurer la disponibilité de la nourriture en quantités suffisantes

Excellence,
Mesdames et Messieurs,
 
Je voudrais, en conclusion, réitérer le plein soutien de l’Union africaine à ce Salon. Il illustre la volonté de nos pays de tirer effectivement profit de leurs avantages comparatifs pour donner le coup d’accélérateur nécessaire à leur développement.
 
Il me plaît aussi de relever la coopération intra-régionale qui sous-tend cette initiative. C’est en conjuguant nos efforts que nous serons en mesure de relever les immenses défis de développement auxquels nous sommes confrontés. Je salue le rôle du Comité inter-Etats pour la lutte contre la sécheresse au Sahel.
 
Un jalon important a été posé aujourd’hui avec le lancement de Salon. Faisons de sa réussite un outil de plus pour véritablement replacer l’agriculture au centre de nos priorités et mobiliser les investissements publics et privés nécessaires pour la transformation de ce secteur.
 
Je souhaite plein succès à cette première édition du Salon africain de l’agriculture.

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